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Tutorat : pourquoi la vidéo règne-t-elle en maître ?

La vidéo est l'unique moyen de capitaliser sur l'expérience et les compétences métier. Elle permet de graver les "hacks" des collaborateurs terrain expérimentés qui ne sont souvent plus en mesure d'expliquer comment et pourquoi ils font mieux que les autres.
Tutorat : pourquoi la vidéo règne-t-elle en maître ?

Tutorat : pourquoi la vidéo règne-t-elle en maître ?

Ce que recèle la notion d'expérience professionnelle dépasse largement le cadre des années d’ancienneté dans un secteur ou un poste. Surtout quand on parle d’expérience terrain ou qu’on commence à parler d’expertise. Être expérimenté, c’est connaître les pièges et leviers d’accélération d’un ensemble de tâches matérielles ou immatérielles nécessaires à la bonne marche de son activité.

1. Qu'est-ce que la compétence basée sur l'expérience ?

Il convient d’abord de faire la différence entre expérience locale et anecdotique (en tant que technicien de maintenance locale, je sais que le compteur n°230 a un défaut de branchement qui m’oblige à modifier ma checklist) et expérience globale et donc réplicable (mon expérience m’a permis d’optimiser la procédure de vérification recommandée par mon entreprise).

Sur le web, on peut trouver cette définition du mot expérience :

« La connaissance des choses et des êtres, acquise de manière volontaire ou non, par l'usage de la vie, la confrontation avec la réalité ou par la longue pratique d'une activité. Dans ce sens-là, le terme expérience est utilisée au singulier.

Exemples : Un homme d'expérience. Un médecin avec beaucoup d'expérience. Par expérience, je me méfie des promesses électorales. 

Synonymes : acquis, pratique. »

Et cette appréciation du mot nous semble juste !

- Que je sois un pâtissier chevronné et que je sache qu’il faut tourner la douille de crème fouettée d’un quart de tour supplémentaire pour finaliser un parfait cupcake…

- Que je sois un technicien de maintenance électrique et que je sache qu’intervertir les étapes 3 et 4 de vérification me fait gagner 10 minutes sur le check du compteur…

- Que je sois linguiste et que je sache qu’il faut ponctuer chaque phonème d’un mouvement de main tel un chef d’orchestre pour que l’auditoire en comprenne les nuances…

Ces astuces d’une grande efficacité sont faites par instinct, et ne rentrent plus dans un processus de transmission explicable par leur émetteur.

2. Comment peut-on transmettre ce type de compétence ?

C’est pour nous la véritable définition d’expert : l’expert examine concrètement les choses et les optimise même s’il ne sait pas en expliquer le processus.  Aujourd’hui il est amusant de noter que la terminologie s’est presque complètement inversée puisqu’un expert sait désormais expliquer clairement le processus, même s’il ne l’a pas forcément examiné de façon empirique.

Comme le dit Walid Kanzari , « le capital des connaissances des entreprises dans les pays occidentaux se trouve de plus en plus appauvri suite aux départs massifs à la retraite. Les répercussions de ce phénomène peuvent être néfastes, tant pour l’entreprise que pour l’économie en général…. Les chercheurs ont identifié principalement deux types de connaissances : les connaissances explicites ou tangibles de l’entreprise, stockées dans des bases de données ou autres types de stockage papier et électronique ainsi que des connaissances tacites, intangibles composées du savoir, savoir-faire, compétences et expertises des employés acquises et développées le long de leurs années de travail. Dans une économie basée de plus en plus sur le savoir, la réussite d’une entreprise dépend principalement de ses compétences tacites, de son expérience et des connaissances individuelles… les connaissances tacites représentent souvent 90 % de l’information et du savoir dans une organisation… »

Le tutorat, seul moyen de transmission de la compétence basée sur l'expérience

Il y a d’abord un changement de mentalité à opérer pour prendre en compte ces compétences tacites. Si le haut de la pyramide n’est pas conscient que les équipes terrain ont au moins autant de choses à lui remonter que ses clients pour rendre son entreprise plus efficace, il ne risque pas d’adopter un outil performant pour propager ce savoir interne. Comme on l’entend à juste titre de plus en plus souvent, la transformation digitale de l’entreprise n’existe pas sans en repenser profondément l’organisation interne.

Aujourd’hui,  la seule manière de transmettre des compétences pratiques est de faire du tutorat. Un apprenant accompagne la personne expérimentée sur le terrain de manière répétée, et enregistre ses faits et gestes afin de les assimiler. Il peut l’arrêter s’il n’a pas bien vu ou compris une étape et le solliciter pour qu’il lui explique, dans la mesure de ses capacités à formaliser ce savoir acquis par la pratique.

Le digital learning représente-t-il une alternative pour capitaliser et transmettre à tous ce savoir venant du terrain, et d’une richesse énorme pour l’entreprise ? Sûrement, s'il tire parti du seul support qui permette de capter et véhiculer cette expérience : la vidéo. Vous pourrez toujours retourner le problème dans tous les sens, faire un inventaire exhaustif de toutes les solutions de digital learning aussi innovantes et techno-friendly soient-elles, IL N’Y A PAS D'AUTRES MOYENS QUE LA VIDÉO POUR TRANSMETTRE LES COMPÉTENCES BASÉES SUR L’EXPÉRIENCE.

Ça fait du bien d’être assertif, mais encore faut-il étayer ce point de vue !

3. La vidéo, le tutorat du digital learning

Premièrement, le support vidéo a le pouvoir de capturer au plus près la réalité. En cela, il enregistre une suite d’actions prenant leur sens par leur exposition même sans que l’émetteur ait besoin fondamentalement de les commenter. Et comme les collaborateurs totalisant beaucoup d’expérience ont paradoxalement le plus de “hacks“ pour optimiser leur activité tout en étant souvent les moins à même de les expliquer, la vidéo se place derechef en tête des supports.

Comme le souligne Olivier Poletti de Talentsoft (ex E-Docéo), « la vidéo permet de constituer une mémoire qui dépasse les savoirs faire pour intégrer les “savoirs y faire “ ». Cette capture de la maîtrise professionnelle est essentielle dans une perspective d’amélioration et de croissance. Elle ne concerne pas uniquement les postulants à un poste qui se libère suite à un départ en retraite, elle constitue un lexique de bonnes pratiques implémentables permettant d’augmenter sa compétitivité. Capturer ces “hacks“, c’est adopter une culture du feedback et instaurer un cercle vertueux entre théorie et pratique, entre concepts et réalité du terrain. La spontanéité et l’immédiateté du média vidéo permettent d’« attraper » ces instants précieux. Demandez à un collaborateur expérimenté de coucher sur word sa méthodologie ou de scénariser un programme de serious game : même avec toute la bonne volonté du monde, il en serait incapable !

Par ailleurs, la performance croissante de l’environnement digital permet de consolider ces captations terrain dans une perspective de formation globale dans l’entreprise. Revoir, préciser, approfondir, naviguer à la carte, discuter et questionner, tester sa compréhension… toutes ces interactions entre la vidéo elle-même et le spectateur rendent possible la dématérialisation du tutorat évoqué plus haut par la vidéo. Ainsi, un apprenant devant son smartphone peut peu ou prou redevenir un apprenti.

Enfin, la vidéo se démarque des autres supports de digital learning par le mapping temporel qui compose son ADN. Une vidéo même montée suit le temps réel d’une action, ainsi la référence de durée de l’objectif à atteindre est incluse dans l’exposition de la tâche à accomplir. Cette dimension temporelle est essentielle au processus de projection de l’apprenti dans la réalisation de la tâche.

Conclusion

La physionomie des entreprises change à vitesse grand V et se rajeunit drastiquement, ce qui peut constituer un élément positif (adéquation des collaborateurs par rapport au digital, diversité). Toutefois, le pendant négatif est que les ainés s’en vont par wagon à un rythme tout aussi effréné. Il est donc essentiel de créer un patrimoine de leurs acquis, que les départements RH peinent à tirer de l’oubli – quand ils ne le négligent pas. L’émergence d’outils de captation dédiés joint à des plateformes intelligentes pour centraliser et rendre la diffusion pertinente nous semble la clé pour endiguer l’hémorragie.

 
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